Notre méthode
Ce site raconte des voyages vieux de cent cinquante ans. Certaines dates sont établies par un journal paru le lendemain ; d’autres reposent sur une histoire qu’on se raconte encore sur place. Ce n’est pas la même chose, et vous avez le droit de savoir laquelle vous lisez.
La pastille
Quatre niveaux, du plus solide au plus fragile
Chaque fois qu’une affirmation de ce site repose sur une source identifiable, elle porte une pastille. La forme du disque dit la solidité — plein, à moitié, en pointillé — et le mot la nomme. Le lien, lui, mène à la source : soit chez celui qui la publie, soit, quand nous l’avons numérisée, directement au document que vous pouvez regarder vous-même.
La pastille porte sur le couple source + affirmation, jamais sur la source seule. Un même journal peut établir une date d’arrivée à la troisième ligne et relayer une rumeur à la septième : la première est une preuve, la seconde un indice isolé.
Elle reste lisible quand la couleur disparaît. Imprimez une page, ou regardez-la avec un œil qui ne distingue pas les teintes : la forme du disque et le mot suffisent. Aucune information de ce site ne dépend d’une couleur seule.
Sous la pastille
Ce que nous avons lu, et ce que nous avons seulement lu citer
Une affirmation ne repose pas toujours sur un seul document. Trois journaux peuvent annoncer la même arrivée, un registre d’hôtel confirmer ce qu’une lettre raconte. La pastille les porte alors tous, l’un sous l’autre, plutôt que de nous obliger à en élire un et à taire les autres.
Et chaque référence dit comment nous l’avons contrôlée. La nuance paraît pointilleuse ; elle est pourtant la première question à poser à qui cite un document, car citer n’est pas lire. Une référence peut voyager d’un livre à l’autre pendant cinquante ans sans que personne n’ait rouvert le journal d’origine.
Nous nous interdisons d’écrire « Preuve » au-dessus d’une source que personne n’a ouverte. Une preuve qu’on n’a pas lue n’est pas une preuve : c’est une référence, et elle se dit alors autrement.
Reste une question que vous êtes en droit de poser : qui pose la pastille ? Ces pages ont été établies à quatre mains, par une personne et par une intelligence artificielle. L’une comme l’autre a pu en poser une, et la règle vaut pour les deux : jamais sans être allé voir. Nous préférons l’écrire noir sur blanc plutôt que de vous laisser le deviner.
Une limite, dite franchement
Ce qu’une machine ne peut pas juger
Le site contrôle tout seul une chose, et une seule : qu’une pastille « faisceau d’indices » nomme au moins deux références. Le mot annonce une pluralité de sources ; l’afficher au-dessus d’une seule serait une promesse non tenue, et nous en sommes avertis dès que le cas se présente.
Ce contrôle attrape la forme, jamais l’indépendance. Trois journaux qui reprennent le même jour la même dépêche d’agence comptent pour trois références et passent sans encombre — ils ne font pourtant entendre qu’un seul témoignage, recopié trois fois. Le cas se rencontre ici même : sur la date de la matinée d’Hyères, en octobre 1890, trois titres concordent parce qu’ils publient la même dépêche.
Savoir si deux sources sont vraiment indépendantes suppose de les lire, de connaître qui écrivait quoi, et d’où venait l’information. Aucun contrôle automatique n’en est capable, et nous n’en avons écrit aucun qui prétende le contraire. Ce jugement-là reste humain — donc discutable, et nous le disons plutôt que de le laisser passer pour une garantie.
Il y a une seconde chose qu’aucune machine ne peut établir : la valeur d’une mesure. Certaines affirmations de ce site ne reposent pas sur un passage cité mais sur un dépouillement que nous avons fait nous-mêmes — par exemple le nombre de journaux viennois qui mentionnent le Cap Martin, mois par mois, pendant l’hiver 1897. Un tel relevé ne peut pas se prouver en rouvrant une page, puisqu’il ne vient d’aucune page en particulier : il vient de toutes. Notre contrôle le signale donc comme non prouvé, et c’est un signal juste — pas un défaut à réparer. Nous donnons alors l’adresse de la recherche elle-même, pour que vous puissiez la refaire.
En toute franchise
Ce que la pastille ne dit pas
Elle ne dit pas que nous avons raison. Elle dit ce sur quoi nous nous appuyons, pour que vous puissiez juger — et nous contredire.
Une pastille « Preuve » signifie qu’un document d’époque existe et que nous l’avons lu, pas qu’il est impossible qu’il se trompe : les journaux du XIXᵉ siècle annonçaient parfois des voyages qui n’ont pas eu lieu. Une pastille « Tradition » ne signifie pas que c’est faux : beaucoup de traditions locales se sont trouvées confirmées le jour où quelqu’un a ouvert le bon carton d’archives.
Quand une source manque, nous préférons l’écrire plutôt que de combler le trou. Vous lirez donc, ici et là, qu’une date reste incertaine ou qu’un détail attend confirmation. C’est volontaire.
Si vous détenez une source que nous n’avons pas — une photographie, une lettre, un registre d’hôtel, un article de presse locale — écrivez-nous. Une pastille peut changer de niveau.
Note
Pourquoi ces quatre mots, et pas d’autres
Avant d’écrire cette échelle, nous avons cherché s’il en existait déjà une que vous auriez pu rencontrer ailleurs. La réponse mérite d’être racontée, parce qu’elle explique nos choix.
Il n’existe pas d’échelle normée en histoire pour graduer la véracité d’un fait. La méthode historique enseigne la critique des sources — d’où vient ce texte, qui l’a écrit, quand, pour qui — mais elle ne débouche sur aucun barème officiel. C’est délibéré : chaque source se juge dans son contexte, et un historien se méfie d’une note qui dispenserait de lire.
Des échelles normées existent, mais ailleurs, et chacune répond à une autre question que la nôtre.
Le décret Marcus, en France, encadre depuis 1981 la description des œuvres d’art : par, attribué à, atelier de, école de, dans le goût de. Vous l’avez lu sans le savoir sur les cartels des musées. « Attribué à » y signifie très précisément : des présomptions sérieuses désignent cet auteur, sans certitude absolue. C’est une belle échelle — mais elle qualifie qui a peint un tableau, pas si un voyage a eu lieu.
Le GIEC a inventé pour ses rapports un vocabulaire calibré — « pratiquement certain », « très probable », « probable » — que la presse a largement diffusé. La gradation est limpide, et nous avons sérieusement envisagé de la reprendre. Nous y avons renoncé pour deux raisons : ces mots expriment une probabilité chiffrée que nous serions incapables de calculer, et surtout ils ne disent pas d’où nous savons — ce qui est précisément l’information utile.
Le code Admiralty, employé par les services de renseignement depuis 1939, note séparément la fiabilité de la source (de A à F) et la crédibilité de l’information (de 1 à 6). Beaucoup trop militaire pour ces pages, mais il nous a appris quelque chose que nous avons gardé : une source très fiable peut rapporter une chose douteuse. C’est de là que vient notre règle — la pastille porte sur le couple source + affirmation, jamais sur la source seule.
Le Genealogical Proof Standard, enfin, distingue les sources originales des sources dérivées, l’information de première main de celle de seconde main, la preuve directe de la preuve indirecte. C’est l’outillage le plus proche de notre besoin, et il a nourri notre réflexion — mais son vocabulaire, anglo-saxon et technique, aurait demandé un mode d’emploi à chaque page.
Nous avons donc écrit la nôtre, en empruntant au vocabulaire judiciaire — preuve, faisceau d’indices, indice isolé. Non par goût du tribunal, mais parce que c’est le seul registre dont l’ordre se lit sans explication : chacun sait qu’une preuve vaut mieux qu’un indice, et qu’un faisceau d’indices concordants vaut mieux qu’un indice tout seul. Le quatrième mot, « tradition », dit ce qu’il dit, sans juger : une chose que l’on se transmet.
Nous avons écarté en chemin quelques formulations qui nous plaisaient. « Attesté » et « établi » d’abord — deux mots que l’usage courant tient pour synonymes, et dont la nuance ne tenait qu’à notre intention. « Source d’époque » et « source unique » ensuite : le premier gradue l’ancienneté, le second le nombre. Deux échelles superposées, donc aucun ordre lisible. Nous avons préféré une seule question, posée quatre fois : qu’est-ce qui soutient cette affirmation ?